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Polyculture – élevage : des atouts pour réduire l’utilisation des pesticides


Synthèse PIC


Actualité publiée le : 08/11/2019 Culture : Grande Culture Relié aux rubriques : Les Synthèses d'EcophytoPIC Source : EcophytoPIC / Auteur : Ph. DELVAL et N. CHARTIER Références : Synthèse EcophytoPIC n°13

La polyculture est le fait de cultiver plusieurs espèces de plantes dans une même exploitation agricole, ou plus largement dans une région naturelle.  Elle est souvent associée à de l'élevage qui permet de compléter la culture céréalière ou même les élevages entre eux, les déchets des animaux servant d'engrais aux plantes, celles-ci pouvant aussi servir de nourriture aux animaux.

Un contexte important en France

En France, de nombreuses régions sont à base de polyculture – élevage.

En élevage laitier, les systèmes de culture sont très liés aux systèmes de production.

La conception des systèmes de culture répond à des objectifs que se fixe un éleveur en réponse à certaines problématiques inhérentes au contexte de son système de production. Ainsi, on peut citer les besoins en fourrage du troupeau déterminant la surface fourragère nécessaire, les surfaces accessibles aux vaches laitières déterminant les surfaces potentiellement pâturables, les caractéristiques des sols et leur potentiel déterminant le type de cultures à mettre en place, la localisation des parcelles et notamment la distance au site de production, la réduction des intrants et notamment la réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Ainsi, la prise en compte du système d’élevage dans son intégralité est essentielle. Toute modification sur les systèmes de culture peut impacter le système fourrager et remettre en cause le système d’élevage, ses impacts environnementaux et son efficience économique.

Des atouts certains mis en avant dans la synthèse DEPHY FERME

Cette synthèse du réseau DEPHY Ferme met en avant les conclusions suivantes :

 - Un moindre recours aux produits phytopharmaceutiques pour les systèmes de cultures associées à l’élevage;

 - Les cultures intra-consommées, destinées à l'atelier animal de l'exploitation, jouent un rôle-clé dans le moindre usage en produits phytopharmaceutiques;

 

 

 - Les cultures fourragères présentent globalement des niveaux d'utilisation plus faible en produits phytopharmaceutiques que les autres cultures;

 - On constate que les niveaux d'IFT sont plus faibles pour les cultures non fourragères destinées à l'atelier animal que lorsqu'elles sont destinées à la vente;

 

Quelles sont les principales attentes des agriculteurs en polyculture – élevage ?

Avant tout, assurer le volume de production de fourrages. En protection intégrée, on peut ajouter les 4 objectifs suivants :
- Combiner réduction des intrants et charge de travail;
- Atteindre une autonomie alimentaire pour le bétail;
- Aboutir à une valorisation de toutes les cultures;
- Réduire les charges (intrants/ mécanisation).

Des leviers plus adaptés au contexte de l’élevage

En Polyculture-élevage, les méthodes de prévention sont souvent privilégiées. Elles sont surtout agronomiques:

Gestion de l’interculture  En polyculture-élevage, l’intervalle entre deux cultures est très variable et comporte notamment des plantes pluriannuelles. Sur les périodes d’interculture, il est possible d’envisager des cultures intermédiaires qui maintiendront l’intégrité du sol (structure, fertilité et auxiliaires telluriques) et les stocks en éléments fertilisants pour la culture suivante. Inclure des cultures intermédiaires peut également diminuer la population de certains bioagresseurs, en particulier les adventices. 

 

Utilisation de plantes étouffantes  Introduire une culture étouffante dans la rotation permet de limiter le développement ou la levée des adventices par leur capacité à se développer rapidement, à bien couvrir le sol mais aussi à exercer une forte compétition pour les ressources (lumière, nutriments, eau). Cette technique est efficace et limite les vivaces comme les annuelles. On peut aussi introduire une culture nettoyante (luzerne, trèfle, …) pour détruire les adventices par fauches régulières et pour déstocker les adventices.

 

Introduction de plantes fourragères L'introduction de plantes fourragères dans les assolements peut conduire à une réduction de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques de manière directe et indirecte. De manière directe, car comme on l'a vu précédemment leur niveau d'utilisation des produits phytopharmaceutiques est en moyenne plus faible que les autres cultures. De manière indirecte, par leur pouvoir concurrentiel vis-à-vis de bioagresseurs (adventices notamment) ou parce que leur introduction vient perturber le cycle de développement / reproduction de certains bioagresseurs (maladies telluriques par exemple).

Mélanges variétaux  ou d’espèces  Les associations de variétés ou d’espèces, peuvent limiter dans certains cas les impacts des épidémies parasitaires, limiter le développement des adventices et résister à la verse. Elles peuvent de plus contribuer à maintenir la résistance variétale en limitant son contournement et peuvent par ailleurs dans certains cas jouer un rôle de refuge vis-à-vis des populations d’auxiliaires. Pour les exploitations en polyculture-élevage, les mélanges d’espèces (méteil) sont bien valorisés par l’intraconsommation. Cette technique peut revêtir différentes formes comme l’association de variétés de la même espèce, l’association de deux espèces, le semis sous abri ou sous couvert ou l’agroforesterie.

Des trajectoires positives

Une analyse réalisée à partir de l’étude de systèmes de cultures en polyculture-élevage présentant des évolutions remarquable en termes de baisse de niveau d’usages des produits phytopharmaceutiques (ou de maintien à un niveau très bas) a fait l’objet d’une synthèse technique.

 Ce travail, conduit à partir des fermes suivies dans le réseau DEPHY, a abouti à l’identification de « stratégies » mises en œuvre, dont certaines le sont dans des exploitations de polyculture-élevage. Pour chacune des stratégies, des éléments de contexte posent l’environnement des systèmes, les enjeux sont ensuite rappelés. L’évolution des IFT est décrite et les principaux leviers mis en œuvre sont montrés. La parole est ensuite donnée aux agriculteurs qui ont mis en place ces évolutions par différents témoignages sur les techniques engagées.

Cinq grandes stratégies sont ressorties de l'analyse des trajectoires des systèmes de polyculture-élevage ; dans quatre cas, l’enjeu principal est de gagner en autonomie pour l’alimentation du troupeau couplé à la réduction de la pression des bioagresseurs. Le gain d’autonomie s’effectue par l’introduction de prairies temporaires, de méteil et de couverts dans les intercultures longues. Pour renforcer l’effet bénéfique de la prairie sur la maîtrise des adventices, les modalités de conduite des prairies et notamment le rythme de pâtures et fauches sont intégrées comme leviers pour éviter les vivaces indésirables. Dans certains cas, des stratégies de fauches répétées et précoces sont mises en œuvre.

Voici le détail des stratégies identifiées et le lien vers les fiches correspondantes :

- En polyculture-élevage dans une rotation à base de colza/blé/cultures de printemps avec labour, introduire des prairies pour améliorer l’autonomie alimentaire de l’élevage et réduire l’usage des phytosanitaires (stratégie 8);

- En polyculture-élevage en système maïs/blé, introduire luzerne ou prairie pour développer l’autonomie alimentaire du troupeau et réduire l’usage des phytosanitaires (stratégie 10);

- Dans des exploitations d’élevage de l’ouest de la France, des systèmes à base de prairies multi-espèces pâturées pour une conversion à l’agriculture biologique (stratégie 11);

- Dans des exploitations d’élevage en système prairie/cultures, conforter le système fourrager en reconcevant le système de culture (stratégie 12).

Un groupe est plus axé sur une meilleure maîtrise des interventions en culture sans toucher à la rotation. En effet, les exploitations se situant dans des contextes socio-économiques difficiles, les agriculteurs fixent comme premier objectif le maintien du revenu et de l’efficacité du système. Dans ces systèmes avec élevage, la modération et le pilotage des apports d’azote sur céréales font partie des leviers identifiés pour réduire les pressions de maladies et les risques de verse sur blé.

- En polyculture-élevage en système maïs/blé, progresser dans la maîtrise des interventions en culture sans bouleverser la succession (stratégie 9).

Une innovation en marche

Plusieurs programmes Casdar ou Dephy expé ont accompagné l’évolution des systèmes en polyculture-élevage en créant des références pour la réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.

Le projet Casdar PhytoEl complète les connaissances sur les objectifs et stratégies des éleveurs à l’échelle de l’exploitation en matière de maîtrise des bioagresseurs et de gestion des produits phytopharmaceutiques, et sur la description des interactions et synergies entre ateliers d’élevage et de culture. Phytoel couple une approche systémique de l’exploitation et du système de culture. Il s’agit à la foi de valoriser l’approche des réseaux DEPHY centrés sur les systèmes de cultures (SDC) et d’y ajouter la dimension supplémentaire qu’est l’approche globale à l’échelle du système d’exploitation. Le recours à une approche globale à l’échelle de l’exploitation en complément d’une approche ciblée sur l’analyse des systèmes de cultures (SDC) permet d’améliorer la pertinence des références, outils et méthodes utilisables pour l’accompagnement au changement des pratiques des éleveurs.

Dans le cadre de Dephy expé, quatre projets présentant 27 systèmes ont été mis en place dans différentes régions de polyculture-élevage. Les résultats sont disponibles via les  fiches systèmes, un focus thématique "Rénovation de prairies en système laitier" ou des articles dans Innovations agronomiques (article Dephy Lait Ouest, article Rés0Pest).

 

 

 

Des atouts à accompagner

 Les systèmes de cultures en Polyculture – élevage présentent donc des atouts pour une réduction durable des intrants car ils:

- sont globalement plus économes en produits phytopharmaceutiques que les sytèmes de grandes cultures,
- présentent des marges de progrèsen termes d'utilisation des produits phytos, en témoigne les niveaux de baisse des IFT observés dans les réseaux DEPHY,
- apportent des solutions d’autonomie alimentaire du bétail et de réduction de charges,
- améliorent les performances des exploitations face aux enjeux sociétaux et environnementaux.

Néanmoins les professionnels admettent la nécessité d’un accompagnement et d’un approfondissement du système d’exploitation en globalité en créant des liens entre pratiques, systèmes de culture et ateliers d’élevage. Dans le cadre du projet Phytoel l’Institut de l’élevage a développé un outil, OMIMEA, permettant d'appuyer les conseillers en agronomie et ceux des réseaux d'élevage dans l’accompagnement des systèmes de polyculture élevage. Cet outil a pour but d’évaluer l'incidence, d’un point de vue multicritère (IFT, temps de travail, productions de fourrages) des évolutions des systèmes de cultures, voire de l'ensemble de la sole cultivée, d'une exploitation.